Comment créer sa startup sans argent. L’interview de Sylvain Lepoutre, fondateur de MoveeGo

 

  • Salut Sylvain ! Merci de répondre à ces quelques questions. Avant tout, peux-tu rapidement te présenter ?

Je m’appelle Sylvain Lepoutre, jeune entrepreneur de 28 ans, passionné par la conception de produits innovants et le design industriel. Intéressé par l’entrepreneuriat dès l’école d’ingénieur, j’ai d’abord souhaité apprendre les rouages de l’entreprise en travaillant dans des petites PME où j’ai pu toucher à tout.

Ma femme est astrophysicienne, ce qui nous amène à changer régulièrement de pays. Dernièrement, à Los Angeles, j’ai enfin lancé ma première entreprise, MoveeGo, qui conçoit, fabrique et commercialise des accessoires pour caméras compactes / APN / smart phones. Si vous aimez faire des montages vidéo, pour le travail ou simplement pour votre propre plaisir, vous devriez jeter un œil au SteadeeGo, stabilisateur qui vous permet de littéralement faire « voler » la caméra et au SlideeGo, un slider qui permet de créer des travellings pour donner du professionnalisme à vos films.

Actuellement aux Pays-Bas, mes journées sont bien remplies entre ma start-up, ma fille de 2 ans que j’élève et l’apprentissage d’une nouvelle langue et d’une nouvelle culture. Peu importe, un tel environnement est extrêmement stimulant et cela me convient à merveille.

  • D’où t’es venue l’idée de ta startup ?

Après un week end en solitaire dans la Vallée de la Mort, en Californie, j’ai voulu faire une vidéo pour partager ce que j’y avais vécu avec mes amis et ma famille. Mais 75% de mes vidéos étaient tremblantes et inutilisables. Par ailleurs, une fois la vidéo montée, je trouvais qu’elle ne transmettait pas la grandeur de l’endroit.

J’ai alors cherché des stabilisateurs et sliders, mais ils n’étaient pas adaptés à un usage nomade et coutaient très cher. J’ai donc décidé de créer des accessoires pour professionnaliser la prise de vue de ses vidéos pour un usage outdoor.

Que ce soit en randonnée, lors d’un évènement ou d’un voyage, on a rarement la possibilité de transporter des valises d’accessoires. Les produits MoveeGo se démontent en un clin d’oeil et se glissent dans le sac à dos voire dans la poche. Pratique, rapide et efficace !

Afin de proposer un prix attractif, j’ai pris le parti de développer le produit à partir de pièces existantes et fabriquées en quantité pour des usages divers (modélisme, plomberie, bâtiment…) de telle sorte qu’il n’y a pas de pièce sur-mesure et donc moins d’investissement initial, de problèmes de délais, de marge perdue etc…

  • As-tu des associés ? Si oui, comment vous-êtes vous rencontrés?

Je n’ai pas d’associés, ce qui ne signifie pas que je sois tout seul… En réalité, MoveeGo a pu voir le jour grâce à ma rencontre avec John, un passionné de « Manufacturing » (je n’ai pas encore trouvé de traduction correcte…) qui possède tout un fab-lab à lui tout seul.

Avec son aide et celle d’autres participants, nous avons échangé sur nos projets et avancé ensemble. C’est vraiment stimulant comme environnement et l’on progresse alors plus en quelques heures que pendant plusieurs jours de travail en solitaire.

John, bien que m’ayant aidé énormément, n’a pas souhaité prendre des parts dans la société, prétextant qu’en dehors de la production, il n’apporterait rien. Par la suite, j’ai vainement tenté de lui remettre un chèque pour ses dizaines heures de travail et l’utilisation de ses machines, mais il n’a jamais accepté de l’encaisser… Il y a des gens comme ça.

Bref, pas d’associés pour le moment, mais des contacts précieux, notamment pour la R&D. Un associé orienté vente et communication serait idéal pour compléter mes compétences techniques… L’appel est lancé !

  • Comment as-tu réuni les fonds nécessaires pour lancer ton prototype?

Et si je te disais qu’il n’y a pas eu besoin de fonds pour lancer le prototype ?

Pour tout dire, MoveeGo était initialement une expérience entrepreneuriale, sans pression, pour apprendre. C’était aussi un test pour voir s’il était possible de démarrer sans argent. Du coup, tout était conçu pour dépenser un minimum.

J’ai utilisé mon ordinateur personnel et des logiciels opensource pour la conception des produits. Les matières premières peuvent être achetées à l’unité (idéal pour de la R&D) et j’utilisais les outils du Fab-Lab de John.

J’ai utilisé les réseaux sociaux pour la communication et les feedbacks et j’ai construit le site internet avec des solutions e-commerce gratuites (Prestashop puis WooCommerce fonctionnant sur WordPress). Au total, moins de 500 dollars d’investissement initial, essence comprise.

  • Quels sont les problèmes que tu as rencontré avant de réussir à lancer ton produit ?

La principale difficulté prévisible a été le développement en « design to cost » dont le principe est de concevoir un produit en visant un prix de vente précis (et donc un coût de revient maximum connu également).

Il  fallu trouver les bonnes pièces, peu chères et de qualité, les fournisseurs avec le meilleur ratio prix/service et repenser constamment les techniques de production pour réduire le coût de la main d’œuvre.

La principale difficulté non prévisible a été la campagne Kickstarter, particulièrement Amazon Payments, qui gère les transactions et requiert que le porteur de projet ait la citoyenneté américaine. Ils ont accepté mon projet dans un premier temps, ce qui a eu pour effet de lancer la campagne Kickstarter puis ont décidé de restreindre mon compte, empêchant l’argent  récolté d’arriver sur mon compte en banque.

Leur service client est horrible, non joignable autrement que par email et avec un délai moyen de réponse de 4-5 jours, qu’importe l’urgence du dossier. La date butoir est arrivée, la campagne a été un succès ($25,495 sur les $3,300 visés), mais dans les coulisses, rien n’était fait. Au final, j’ai du créer une société aux USA pour devenir crédible et après des jours d’insistance, le compte a enfin été débloqué et j’ai pu transférer l’argent, passer les commandes et démarrer la production.

Il faut être prêt à affronter ce genre de déboires lorsque l’on démarre une entreprise. Dans les faits, il n’y a pas d’autre choix que de résoudre le problème alors on le fait volontiers, même si cela engendre un certain niveau de stress.

  • Quelles sont les prochaines grandes étapes que tu comptes franchir ?

Le développement imminent de la seconde version du SteadeeGo, qui devra cette fois pouvoir être produit en masse pour répondre à une augmentation de la demande. En parallèle, je vais redoubler d’actions marketing (envoi de produits aux blogs influents), contact de marchés ciblés (randonneurs, agents immobiliers, fans de voitures etc…) et recherche de revendeurs à l’étranger (les expéditions à l’international sont vraiment trop aléatoires).

L’ouverture d’une boutique Amazon et/ou Ebay sera également envisagé. J’ai également d’autres idées de produits sur les rails, mais comme une journée ne fera jamais plus de 24 heures, il va falloir attendre un peu.

  • Où peut-on découvrir tes produits ?

Uniquement sur le site de MoveeGo. La version française (et en euros) du site est aussi en chantier, mais vous pouvez commander en Anglais et en dollars, ça fonctionne de la même manière.

Les stocks sont actuellement très maigres, mais la situation devrait se rétablir vers la mi-novembre. En attendant, restons connectés, je ne manquerai pas de vous prévenir au moment du restockage.

Merci Sylvain ! Tu démontres parfaitement que l’on peut créer sa startup,  développer un prototype fonctionnel et se construire une communauté sans avoir beaucoup d’argent à investir. Même pour un projet plus orienté « industriel » !

Je vous invite tous à faire un tour sur le site web de Moveego et à rejoindre la communauté en allant sur la page Facebook, Twitter et Google+.

Vous pouvez également découvrir d’autres superbes vidéos sur la chaine Youtube de Moveego.

Une réponse

  1. Labeau 26 octobre 2012

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